Les premiers états généraux des migrations ont eu lieu ce samedi 3 décembre 2016 à la maison de la culture, MC2, de Grenoble. Ils ont été organisés par le collectif Migrants en Isère qui regroupe 14 associations d’accompagnement des migrants. Au cours de la journée, ont eu lieu quatre tables rondes, dont les thèmes étaient « pourquoi les migrants quittent-ils leurs pays ? », « les migrants, des profiteurs ? », « construire ensemble une société diverse et solidaire », « quelles perspectives locales ? ». Parmi les intervenant, des experts, des membres d’associations locales et des migrants.
Pourquoi des états généraux des migrations ?
L’objectif des ces états généraux était de débattre sur question migratoire et de formuler des propositions au niveau local. « Nous voulons que ces états généraux soient une caisse de résonance pour que se développent toujours plus les solidarités citoyennes, ici à Grenoble, dans la métropole et au-delà dans toutes les communes de notre région, pour faire que notre territoire devienne un lieu d’humanité, de respect et d’évolution des droits les plus élémentaires et ainsi permettre à ceux qui cherchent un avenir chez nous d’y vivre dans la dignité » (le collectif Migrants en Isère).
Un cahier de doléances et de propositions :
En amont des états généraux, 7 groupes de travail issus du collectif Migrants en Isère ont rédigé un cahier de doléances et de propositions autour des problématiques suivantes : titre de séjour, asile, hébergement & logement, emploi & accès au travail, scolarisation & formation, santé, et enfin traite humaine. Ce cahier de doléances expose des constats et des difficultés, et des propositions concrètes à mettre en oeuvre, le tout formulé à partir de l’expérience des migrants, des professionnels, des bénévoles et des citoyens.
« Les migrants, des profiteurs ? » Arrêtons d’ethniciser la notion de migrant !
Le troisième intervenant de la table ronde appelée « les migrants, des profiteurs ? », Herrick Mouafo, doctorant à l’université de Grenoble Alpes, a décidé de questionner le mot migrant. A travers un discours très éloquent, il nous a invité à cesser d’ethniciser le mot migrant ainsi qu’àne plus penser le migrant equ’n termes économiques. Il nous a invité à nous questionner, en pensant l’universel et l’unité de l’espèce humaine, en pensant le migrant comme un sujet et non comme un objet, en réfléchissant aux valeurs de « ce vieux continent des Lumières ». Il nous a invité à penser à travers les instruments du droit et non plus seulement à travers le prisme émotionnel. Il nous a invité à regarder l’autre comme « ce moi qui est en lui ». Voici quelques extraits de son discours.
Le migrant, celui qui part d’un ailleurs, un ailleurs appréhendé comme un pays pauvre :
« Ce que l’on peut observer très souvent, c’est que l’on ne fait l’analyse du mot migrant que sous le prise économique. Pourquoi ? Parce que très souvent, ce que l’on peut observer, c’est que le contenu du mot migrant a été déchargé de sa substance première, on l’a ethnicisé, c’est-à-dire que l’on ne reconnaît pas l’autre comme celui qui fait partie de l’espèce humaine comme nous, mais on le différencie parce qu’il part d’un ailleurs et cet ailleurs là, on l’appréhende toujours sous le prisme d’un pays pauvre. Il vient chez nous, il vient prendre nos emplois. »
Où sont passées les valeurs universelles du vieux continent des Lumières ?
« Ce vieux contient, continent des Lumières, qui a souvent pensé l’universel, doit-il aujourd’hui différencier l’espèce humaine, mettre d’un côté des utiles, de l’autre des non utiles, des excédentaires qui viennent prendre ce que l’on a ? »
Se questionner à partir des instruments juridiques :
« Doit-on questionner ceux qui partent de loin, plus seulement sous le prisme émotionnel, mais en nous appuyant sur les instruments du droit ? La plupart du temps lorsque l’on parle de migrants, c’est toujours – et c’est une très grande chose – (à travers) l’aspect moral. Mais si l’on a justement les instruments qui en parlent (…), parlons de droits. »
Les migrants, objets ou sujets ?
« Questionnons-nous: sommes-nous aujourd’hui en train de voir ces personnes comme des objets ou comme des sujets à même de produire une intelligence, à même de produire de la pensée, à même de produire l’artistique, à même de produire de l’esprit ? C’est aussi ça ce vieux continent des Lumières. »
« Ne les appréhendons plus comme ces personnes qui sont dans la recherche de la quiétude matérielle, parce ce que les recherches ont montrée que ceux qui partent de loin on investi beaucoup d’argent. »
« Questionnons-nous aussi sur le rapport que l’on a avec ces ailleurs que ces personnes fuient, que se passe-t–il dans ces ailleurs. »
La Méditerranée, plus accueillante que nous ?
« La mer accueille, c’est triste de le dire, mais peut être que la mer accueille mieux ces personnes là (…), la mer les recueille, la mer leur dit bienvenue, votre ailleurs qui vous a rejeté, c’est ici qu’il vous a rejetés, donc restez dans ma quiétude. »
A la fin de son discours, Herrick Mouafo a cité Gandhi qui disait « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». C’est peut être là l’idée à retenir de ces états généraux : si nous voulons que « ces personnes qui viennent d’un ailleurs » soient accueillies dignement, en tant que sujets membres de l’espèce humaine, c’est à chacun de nous de nous investir, et d’apporter notre pierre à l’édifice au niveau local.