

La colline où rugissent les lionnes
de Luàna Bajrami
Là où les rêves surgissent,
où les désespoirs mugissent,
trois jeunes filles s’unissent.
Leur village : un lieu sans issue.
Elles y restent à leur insu.
Refuge de l’amitié
Tendresse des corps qui se lient et se délient
Violence des interdits et des non-dits
À bord de leur voiture tout devient permis,
loin du carcan des familles.
Poésie des images
Magie des paysages
Où est la sortie?
L’université les oublie.
Alors elles brisent les bijouteries.
Fortes, elles forcent les portes
avant que la souffrance ne l’emporte
Attente
Elles sont toujours là.
Avec un destin qu’elles ne veulent pas.
Lenteur, torpeur, regards joueur
Danse du silence et résilience
Le temps passe. Impasse?
Quand est-ce qu’on se casse?
Dans le coeur des lionnes,
La vie résonne, fanfaronne.
Lena Didier
Compartiment n°6 de Juho Kuosmanen
Après une dernière soirée chez son amante Irina, dans un appartement moscovite où l’élégance et le goût pour les arts et la littérature sont de mise, Laura embarque dans un compartiment de train avec un personnage rustre qui engloutit âprement sa vodka. On croit d’abord avoir à faire à une caricature du russe alcoolique. Mais il n’en est rien.
Lui, Ljoha, se laisse intriguer et amuser par cette jeune femme finlandaise, prête à passer plusieurs jours dans un train pour aller voir des pétroglyphes vieux de 3000 ans à Mourmansk à l’autre bout de la Russie. Elle se laisse attendrir par cet homme qui ne dévoile rien de son passé.
La cohabitation étouffante laisse place à une rencontre sans attentes, à une complicité qui se révèle à travers une série de petites scènes touchantes : coups de pieds dans des boules de neige sur le quai, excursion chez une Babouchka au fin fond de la taïga, bataille de feuilles de journal froissées…
Le train avance. Le paysage se teinte de neige, les échanges téléphoniques avec Irina, de superficialité, la présence de Ljoha d’authenticité.
En décidant de rester à bord du train, Laura choisit d’aller au bout de ses idées. Elle nous entraîne dans un voyage vers le vrai et la simplicité. Une simplicité que l’on retrouve dans l’économie de mots. Pour autant, ces silences ne sont pas dépourvus de sens grâce au jeu des acteurs qui retranscrivent avec talent les états d’âmes des personnages.
La traversée, d’un bout à l’autre de l’histoire

En ouvrant son carnet de croquis, Kyona nous plonge dans la traversée de son adolescence, quand sa famille juive a fui son village d’enfance. Un train, des arrestations, Kyona et Adriel se retrouvent seuls, avec une carte et une frontière à franchir. Kyona promet de protéger son frère. Jamais elle ne se laisse faire, toujours elle espère.
La voix de Kyona nous guide, les peintures de la réalisatrice s’animent. Nous voilà immergés dans un univers tout en couleurs, un voyage initiatique où le documentaire côtoie l’imaginaire.
L’histoire qui prend vie sous le coup de crayon de Florence Mialhe traverse les époques. De la chasse aux Juifs à la traversée de la Méditerranée, du camp de concentration au trafic d’enfants, en passant par le cirque ambulant et la prostitution, tout y est. On pourrait se croire dans la Libye d’aujourd’hui comme dans l’Allemagne de 40, dans les steppes de Russie comme dans les montagnes qui séparent la France de l’Italie.
« Kyona et Adriel portent aussi bien la figure de Hansel et Gretel que celle de deux jeunes mineurs isolés »*, ils croisent sur leur chemin des SS sans pitié tout comme celui d’une Baba Yaga isolée.
En puisant dans l’imaginaire des contes et ayant recours à la technique de la peinture animée, qui transcende l’identité des lieux, Florence Mialhe donne une dimension universelle à cette épopée.
Ce film puise son intensité dans ses couleurs et sa force dans son intemporalité. Il vient nous rappeler que l’Histoire est traversée de peuples persécutés qui décident de tout quitter pour franchir des frontières. La seule chose qui change est l’étiquette qu’on a décidé de leur donner.
*extrait de la note d’intention de la réalisatrice